dimanche 20 juin 2010

Les trafics d'organes sur les victimes de Tsahal...


Souffrante Palestine



«Notre armée est pure (...), elle ne tue pas d’enfants. Nous avons une conscience et des valeurs et, à cause de notre morale, il y a peu de victimes [palestiniennes].»
 Des généraux israéliens dans Tsahal, film réalisé par Claude Lanzmann

Le 25 septembre 1994, Claude Lanzmann déclarait que son intention était de présenter une armée juive pourvue, selon lui, de caractères moraux spécifiques par rapport aux autres armées.

Examinons rapidement la spécificité de Tsahal. Sans remonter loin dans l’histoire, dans un rapport adressé au secrétaire général de l’ONU le 21 octobre 1994, le commandant de la Force intérimaire des Nations unies au Liban a attiré l’attention sur l’emploi par Israël, dans le sud du Liban, d’obus antipersonnel, dits «obus à fléchettes», armes interdites par la 4e convention de Genève (Le Monde, 25 octobre 1994). Depuis, Israël bafouant toutes les conventions a avoué, récemment, qu’elle a utilisé du phosphore à Ghaza pour combattre le Hamas. Voilà pour l’une des facettes de la moralité. 

Examinons l’autre face de la pureté de Tsahal. Tout est parti d’un article du plus grand quotidien suédois, Aftonbladet qui a «scandalisé» Israël. Il concerne justement l’implication de l’armée israélienne dans un trafic d’organes. L’auteur suggérait que les soldats israéliens tuaient de jeunes Palestiniens et volaient leurs organes. Israël a répondu avec colère à cet article, accusant la Suède de publier un article accusant ´´les Juifs de crime rituel´´ et demandant que les autorités nationales condamnent officiellement l’article. ´´Dans son article ´´Våra söner plundras på sina organ,´´ qui se traduit par ´´ on pille les organes de nos fils´´ Donald Bostrom raconte l’histoire du rôle d’Israël dans le ´´scandale international de transplantation d’organes´´ et comment lui-même a été témoin d’une attaque contre un jeune homme palestinien par les soldats israéliens en Cisjordanie en 1992. ´´ 

Des personnes disparaissent et on les ramène après qu’une autopsie ait été pratiquée sur eux. Nous pensons qu’ils volent leurs organes´´, ont -ils dit à Bostrom, d’après lui. ´´En 1992, sur 133 Palestiniens qui avaient été tués, 53 avaient été autopsiés, selon Bostrom. Les corps avaient été autopsiés à l’Israel’s Abu Kabir Forensic Institute, (Institut médico-légal d’Abu Kabir d’Israël) et plus tard rendus à leurs familles. (...)

Beaucoup de questions

Dans les années 90, il se souvient comment certaines mères palestiniennes n’étaient pas autorisées à laver les corps de leurs fils morts qui leur avaient été rendus. ´´Il y a simplement trop de questions restées en suspens´´, insiste-t-il. ´´Tout spécialement quand c’est bien connu qu’Israël est - selon des révélations faites dans un magazine du New York Times en 2001 - ´´l’une des nations les plus actives sur le marché international du trafic d’organes´´. ´´ 

En Israël, et dans une autre poignée de pays, dont l’Inde, la Turquie, la Russie et l’Irak´´ selon les révélations faites par Michael Finkel, ´´ les ventes d’organes sont menées presque ouvertement

En Israël, il y a même un accord tacite du gouvernement sur cette pratique de système national de santé - le programme d’assurance couvre une partie, et parfois tous les frais de transplantations arrangées.´´(1) 

Le même journal «récidive» le dimanche soir 23/8. Le nouveau rapport montre les témoignages d’une famille palestinienne du village d’Amatin. La mère du martyr, Bilal Ghaneim, a dit dans ce rapport que les soldats sionistes ont remis le corps de leur fils après avoir été tué, le 13 mai 1992, par un hélicoptère de l’entité sioniste et ont fait retourner son corps après plusieurs jours. Elle a dit que le corps de leur fils était dans un sac noir après qu’on a pris ses dents et ouvert sa poitrine

Un autre scandale en son temps mais qui a été «oublié» est l’affaire de l’hôpital Abu Kabir qui disposait d’un grand stock d’organes dont on se doutait de la provenance. Ceci a amené le procureur général de l’Etat, Elyakim Rubinstein, à ordonner à la police de lancer une enquête contre le professeur Yehuda Hiss, directeur de l’Institut médico-légal d’Abu Kabir. Hiss est l’objet d’une longue liste d’accusations depuis un comportement inapproprié en tant que professionnel médical à des actes criminels comme la vente illégale et des transactions d’organes et de parties du corps, l’ablation d’organes de personnes décédées sans consentement et de donner un état inexact des organes présents dans le corps restitué. Une perquisition effectuée à l’institut a découvert d’importants stocks d’organes prélevés illégalement sur des cadavres. Ces dernières années, il s’avère que les dirigeants de l’institut ont donné des milliers d’organes à la recherche sans y être autorisés, tout en entretenant un stock d’organes à Abu Kabir. 

L’article date de 2002, soit deux années après le retrait des troupes sionistes du Sud Liban; retrait au cours duquel l’armée sioniste n’aurait essuyé aucune perte. Alors d’où viennent ces milliers d’organes si ce n’est des corps des Palestiniens assassinés par l’armée la plus morale du monde?(2)


L’affaire ne s’arrête pas là. 

On s’aperçoit par ailleurs qu’il y a des ramifications aux Etats-Unis. Pour le Jérusalem Post du 26 juillet: ´´Un retentissant scandale de corruption entre New York et Israël. Cinq rabbins, trois maires de l’Etat du New Jersey et deux députés ont été arrêtés jeudi par le FBI. Les charges sont graves: pots-de-vin, extorsion de fonds, blanchiment d’argent et même trafic d’organes. (...) 

Un autre suspect, Levy-Izhak Rosenbaum, 58 ans, est accusé de trafic de reins, récupérés de donneurs israéliens. Il les aurait obtenus pour 10.000 dollars avant de les revendre 160.000 dollars. 

Le FBI a mis les moyens pour ce gigantesque coup de filet: plus de 300 agents ont été mobilisés pour arrêter les 44 suspects. D’après le procureur du New Jersey: «Il semblait que tout le monde voulait prendre part à l’action. La corruption était généralisée et envahissante.» «Les politiciens ont vendu leurs services aux rabbins qui «masquaient leur activité criminelle de grande envergure derrière une façade de rectitude». 

Les goniffs achetaient des reins, en Israël, à des «personnes vulnérables» pour 10.000 dollars et, ensuite, les acheminaient vers leurs associés rabbiniques qui les revendaient 160.000 dollars aux Etats-Unis. (Associated Press, 25 juillet 2009).(3)


Déjà en 2002, Nancy Scheper-Hughes, professeur à Berkeley, avait alerté le FBI sur le fait que Rosenbaum était un intermédiaire pour un gang international de trafic de reins. Il se servait de villageois moldaves comme donneurs. Il leur promettait des emplois aux Etats-Unis, puis les contraignait à «donner» leurs reins à des receveurs qui se faisaient passer pour des membres de sa famille, et il les menaçait avec un pistolet s’ils résistaient.(4) 


Dans le même ordre, deux médecins israéliens et trois autres personnes, soupçonnés de trafic d’ovules humains, ont été arrêtés et mis en détention en Roumanie. Les deux gynécologues israéliens sont accusés «du trafic d’ovules humains, réunion de malfaiteurs, et pratique illégale de la médecine,» a indiqué à l’AFP ce mardi le procureur en chef du département du crime organisé de la Roumanie, Codrut Olaru. 

Le consul général israélien à Bucarest, Lili Ben-Harush, a identifié les Israéliens détenus comme étant le professeur Nathan Levitt et Dr Genya Ziskind. Ils sont suspectés de recruter des femmes roumaines âgées entre 18 et 30 ans et de les payer 800 à 1000 leis ($271 $338) pour leur ovules, et revendent ensuite les ovules entre 8000 à 10.000 euros ($11,339-$14,174) aux femmes qui requièrent une fertilisation artificielle, a rapporté le quotidien roumain Gardianul.(5) 

Toujours avec la Roumanie, le journal israélien de gauche Haaretz faisait état, dès décembre 2001, des doutes des autorités roumaines vis-à-vis d’une agence israélienne d’adoption, soupçonnée de participer à une conspiration de trafic d’organes à l’échelle internationale.(6)


Le trafic d’organes n’est pas la seule activité lucrative illégale de la médecine israélienne

Toujours selon le quotidien Haaretz (article de Zvi Zrahiya et Jonathan Lis du 23 octobre 2006), des docteurs du Kaplan hospital de Rehovot et du Hartzfeld geriatric hospital de Gedera ont effectué des ´´expériences médicales´´ sur des patients, entraînant la mort de douze d’entre eux. Et il ne s’agit pas de ´´cas isolés´´, puisque douze médecins sont impliqués. Aucun de ces Mengele israéliens n’a été arrêté - ce serait sans doute trop ´´antisémite´´...

Le trafic d’organes a toujours été la marque des guerres dissymétriques. Si l’idéologie du IIIe Reich explique d’une certaine façon l’eugénisme à grande échelle, et le travail «scientifique de Mengele», il est alors compréhensible que des trafics d’organes soient faits en temps de guerre. 

Ainsi, des prisonniers serbes ont eu certains de leurs organes prélevés par des Albanais pendant la guerre du Kossovo. Carla del Ponte l’ancienne procureur du TPI (Tribunal pénal international) décrit cela dans son ouvrage: The hunt: Me and the criminals. Ed. Feltrinelli 2008: «Les victimes un rein en moins étaient enfermés jusqu’à ce qu’ils soient tués pour prélever d’autres organes.» 

«Le ministre suédois Carl Bildt, sur son blog, où il compare malicieusement la nécessité de laisser s’exprimer toutes les opinions au sujet d’Israël avec la tolérance accordée, par le Danemark en 2006, à la publication des caricatures du Prophète Mohammed. Le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeld s’est impliqué sur la question, estimant que  "personne ne pouvait exiger du gouvernement suédois qu’il viole sa propre Constitution".(...) En 2006, la plupart des médias occidentaux invoquaient le principe de la liberté de la presse pour publier les caricatures du Prophète Mohammed, malgré les émois suscités dans la communauté musulmane, inquiète d’y voir une forme déguisée d’islamophobie.

Dans les prochains jours, la controverse sera-t-elle sérieusement traitée par les journalistes occidentaux avec la même "envergure", malgré les accusations, par certains, de sensationnalisme crypto-antisémite? Ou bien, démontrant la loi récurrente, du  "deux poids, deux mesures", le scandale sera-t-il progressivement confiné aux médias alternatifs et étouffé, dès lors, dans le débat public? L’avenir proche le dira.»(7)


Il faut toutefois remarquer que le trafic d’organes n’est pas une spécificité de tel ou tel pays. Cependant et comme nous allons le voir dans le cas de la Chine que l’on brandit souvent, ce pays assume «sa méthode». 

Brice Pedroletti écrit à ce propos: «La Chine doit ´´mettre en place aussi vite que possible un système adéquat pour les dons d’organes conformément aux standards internationaux´´, a déclaré le vice-ministre de la Santé chinois, Huang Jiefu, lors du lancement, le mardi 25 août, d’un nouveau système, géré par la Croix-Rouge chinoise, pour encourager le don d’organes après la mort.

L’objectif est de ´´juguler le marché informel des organes et de remédier à la pénurie´´, selon l’hebdomadaire Caijing, dans un contexte où ´´la vaste majorité des organes proviennent de prisonniers exécutés et du marché noir´´. (...)Les prisonniers exécutés qui, selon le China Daily, constituent 65% des ´´donneurs´´, ´´ne sont certainement pas une source appropriée pour les transplantations d’organes´´, a reconnu le vice-ministre de la Santé».(8)

La vraie compassion croisée entre les Palestiniens et Israéliens

Nous rapportons dans ce qui suit un cas de générosité qui transcende la douleur. Dans le camp de Jénine, les photos de martyrs s’affichent ostensiblement sur les murs. La grande majorité des gens vivant ici ont perdu un ou plusieurs membres de leur famille. Je m’arrête devant l’image d’un petit garçon, un petit brun aux yeux brillants, il doit ne pas avoir plus de 12 ans. Juste en dessous, on peut lire: «Ahmed Khaldi, mort sous les balles des soldats israéliens en 2005.» On me propose de rencontrer le père de l’enfant. Celui-ci m’accueille avec un grand sourire, les mêmes yeux que son fils, le visage est serein. Je me demande comment on peut arriver à vivre après que la chair de sa chair ait pu disparaître de la sorte? Ahmed est mort en 2005 à l’âge de 11 ans. Comme chaque jour, il sortait jouer avec ses potes dans les rues du camp. Il y a eu cette incursion israélienne, Ahmed portait une arme en plastique. Le soldat israélien a visé juste: trois balles sont venues se loger dans le corps de l’enfant, des balles fatales. Dans un hôpital, un enfant israélien attend une greffe du coeur. Un médecin demande au père d’Ahmed de faire don du coeur de son fils. Il accepte. «Le corps de mon enfant servira de symbole de paix et montre à quel point nous voulons la paix», dira le père de l’enfant décédé. Nous voici avec lui, quatre ans après le terrible drame, ses yeux paraissent fatigués, mais aucune «haine» qu’on puisse déceler dans son discours. Il boit son café lentement.: «Ce n’est pas un problème de personne ni de religion, c’est l’occupation qui nous empêche d’avoir une vie normale.»(9)

Cet exemple n’est pas unique: une maman israélienne fait de même, comme rappelé dans une célèbre allocution de Nouréini Tidjani-Serpos de l’Unesco devant Yasser Arafat en 1997. [...] Récemment, les parents d’un enfant israélien victime d’un accident mortel de la circulation ont décidé de faire don du coeur de leur fils à une fillette palestinienne qui, autrement, aurait été condamnée à mort à cause d’une maladie cardiaque irréversible. Quand la mère de la fillette arabe s’est rendue chez la mère du garçon israélien pour la remercier de ce geste, la maman juive a dit que, par ce don, son fils continuait à vivre, à travers la fillette.(10)

Que peut-on en conclure? Le trafic d’organes est une caractéristique de beaucoup de pays, c’est une industrie florissante. Ce qui est nouveau, c’est l’implication d’une armée que l’on nous dit pure et qui fait qu’elle se sert dans le vivier de la banque d’organes ambulante constituée par les Palestiniens. Est-ce moral de la part du peuple élu? La question reste posée.


1. Donald Bostrom: Våra söner plundras på sina organ´´ (Aftonbladet Kultur) 17 août 2009
2. http://www.allbusiness.com/middle east/israel/102262-1.html  4 janvier 2002
3. S.Landau: The Kidney Broker and the Money Laundering Rabbis. CounterPunch, 7.08.2009
4. Science, medicine and anthropology. 27 juillet 2009, http://www.somatosphere.net/
5. La Roumanie fait sauter un réseau israélien de trafic d’ovules humains. Alterinfo 27.08.2009
6. http://www.haaretz.co.il/hasen/pages/ShArt.jhtml?itemNo=105107&sw=Romania .
7. Hicham Hamza: Israël accusé de trafic d’organes, 24 août 2009 site oumma.com
8. Brice Pedroletti. La Chine veut lutter contre le trafic d’organes. Le Monde 28.08.09
9. Un enfant israélien reçoit le coeur d’Ahmed, tué par un soldat de Tsahal Sanâa H. En voyage 24/08/2009
10. Unesdoc.unesco.org/images/0010/001099/109904f.pdf    

 
Chems Eddine Chitour :  Ecole nationale polytechnique



jeudi 17 juin 2010

La géopolitique derrière la guerre bidon des États-Unis en Afghanistan...


Par F. William Engdahl




L’un des aspects les plus remarquables du programme présidentiel d’Obama, c’est que, dans tous les États-Unis, peu de gens ont remis en question, dans les médias ou ailleurs, la raison de l’engagement du Pentagone dans l’occupation militaire de l’Afghanistan. Il existe deux raisons fondamentales, dont aucune ne peut être dévoilée ouvertement au grand public.


Derrière tous les débats officiels trompeurs sur le nombre de troupes nécessaires pour « gagner » la guerre en Afghanistan, si 30 000 soldats de plus sont suffisantes ou si le besoin est au moins 200 000, le but réel de la présence militaire étasunienne dans ce pays pivot d'Asie centrale est éclipsé

Pendant sa campagne présidentielle de 2008, le candidat Obama a même affirmé que l'Afghanistan, et non pas l'Irak, est l’endroit où les États-Unis doivent faire la guerre. Sa raison ? Parce que, selon lui, c'est là que l'organisation Al-Qaïda est retranchée et c’est la « vraie » menace pour la sécurité nationale. Les raisons de l'implication étasunienne en Afghanistan sont tout à fait différentes.

L'armée US occupe l'Afghanistan pour deux raisons : principalement pour rétablir et contrôler la plus grande fourniture mondiale d’opium des marchés internationaux de l'héroïne et utiliser la drogue comme arme contre ses adversaires sur le plan géopolitique, tout particulièrement, la Russie. Le contrôle du marché de la drogue afghane est capital pour les liquidités de la mafia financière en faillite et dépravée de Wall Street.

La géopolitique de l'opium afghan

D’après un rapport officiel de l'ONU, la production d'opium afghan a augmenté de façon spectaculaire depuis la chute du régime taliban en 2001. Les données du Bureau des drogues et des crimes des Nations-Unies montrent qu’il y a eu plus de cultures du pavot pendant chacune des quatre dernières saisons de croissance (2004-2007), qu’en une année sous le régime taliban. Plus de terres sont dédiées à l'opium à présent en Afghanistan que pour la culture du coca en Amérique latine. En 2007, 93% des opiacés du marché mondial provenaient d'Afghanistan. Ce n'est pas par hasard.



Il a été démontré que Washington à choisi soigneusement le controversé Hamid Karzaï, un chef de guerre pachtoune de la tribu Popalzai, longtemps au service de la CIA, revenu de son exil aux États-Unis, fabriqué comme une mythologie hollywoodienne autour de sa « courageuse autorité sur son peuple. » Selon des sources afghanes, Hamid Karzaï est aujourd'hui le « Parrain » de l'opium afghan. Ce n’est apparemment pas par hasard s’il a été et reste aujourd'hui encore l'homme préféré de Washington à Kaboul. Pourtant, même avec l'achat massif de votes, la fraude et d'intimidation, les jours de Karzaï en tant que président pourraient se terminer.



Longtemps après que le monde a oublié qui est le mystérieux Oussama Ben Laden et ce qu'est Al Qaida, sa prétendue organisation terroriste, -- ou se demande même s'ils existent -- la seconde raison de la fixation de l’US army en Afghanistan apparait comme un prétexte pour créer une force de frappe militaire étasunienne permanente avec un série de bases aériennes fixes en Afghanistan. L'objectif de ces bases n'est pas de faire disparaître les cellules d'Al Qaïda qui pourraient avoir survécu dans les grottes de Tora Bora ou d'éradiquer un « taliban » mythique, qui, selon des rapports de témoins oculaires, est en ce moment composé majoritairement d’habitants afghans ordinaires en lutte une fois encore pour débarrasser leurs terres des armées occupantes, comme ils l’ont fait dans les années 80 contre les Soviétiques.


Pour les États-Unis, la raison des bases afghanes, c’est d’avoir dans leur ligne de mire et d’être capables de frapper les deux nations du monde qui, réunies, constituent aujourd'hui la seule menace à leur pouvoir suprême sur le monde, à l’America's Full Spectrum Dominance (domination US sous tous ses aspects), comme l’appelle le Pentagone.
La perte du « Mandat Céleste » 

Le problème pour les élites* au pouvoir à Wall Street et à Washington, c’est le fait qu'ils soient désormais enlisés dans la plus profonde crise financière de leur histoire. Cette crise est indubitable pour le monde entier, et le monde agit en faveur de sa propre survie. Les élites étasuniennes ont perdu ce qui est connu dans l'histoire impériale chinoise sous le nom de Mandat Céleste. Ce mandat est donné à un souverain ou à une élite régnante à condition qu'ils dirigent leur peuple avec justice et équité. Quand ils règnent tyranniquement et comme des despotes, en opprimant leur peuple et en en abusant, ils perdent ce Mandate Céleste.



Si les puissantes élites riches du privé qui ont contrôlé les politiques essentielles, financière et étrangère, la plupart du temps au siècle dernier au moins, ont eu un jour le mandat céleste, il est évident qu'elles l’ont perdu. L'évolution interne vers la création d'un État policier injuste, avec des citoyens privés de leurs droits constitutionnels, l'exercice arbitraire du pouvoir par des non élus, comme le ministre des Finances Henry Paulson et maintenant Tim Geithner, qui volent des billions de dollars du contribuable sans son consentement pour renflouer de la banqueroute les plus grandes banques de Wall Street, des banques jugées « trop grosses pour couler, » tout cela démontre au monde qu'elles ont perdu le mandat.



Dans cette situation, les élites au pouvoir sont de plus en plus désespérées de maintenir leur contrôle sur un empire mondial parasitaire, faussement appelé « mondialisation » par leur machine médiatique. Pour maintenir leur domination, il est essentiel que les États-Unis soient capables de rompre toute coopération naissante dans le domaine économique, énergétique ou militaire, entre les deux grandes puissances de l'Eurasie qui, en théorie, pourraient présenter une menace au futur contrôle de l’unique superpuissance : la Chine associée à la Russie.



Chaque puissance eurasienne complète le tableau de contributions essentielles. La Chine est l'économie la plus robuste du monde, une énorme main-d'œuvre jeune et dynamique, une classe moyenne éduquée. La Russie, dont l'économie ne s'est pas remise de la fin destructrice de l'ère soviétique et des grossiers pillages au cours de l'ère Eltsine, possède toujours des atouts essentiels pour l’association. La force de frappe nucléaire de la Russie et son armée présentent la seule menace dans le monde d'aujourd'hui à la domination militaire des États-Unis, même si ce sont en grande partie des reliquats de la Guerre Froide. Les élites de l'armée russe n'ont jamais renoncé à ce potentiel.



La Russie détient également le plus grand trésor du monde en gaz naturel et d’immenses réserves pétrolières dont la Chine a impérieusement besoin. Ces deux puissances convergent de plus en plus à travers une nouvelle organisation créée par elles en 2001, connue sous le nom d'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). En plus de la Chine et de la Russie, l’OCS inclut les plus grands pays d'Asie centrale, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan.



Le but allégué de la guerre des États-Unis contre à la fois les talibans et Al Qaïda, consiste en réalité à installer leur force de frappe militaire directement en Asie centrale, au milieu de l'espace géographique de l'OCS montante. L'Iran est une diversion. La principale cible, c’est la Russie et la Chine.



Officiellement, Washington affirme bien sûr avoir établi sa présence militaire en Afghanistan depuis 2002 pour protéger la « fragile » démocratie afghane. C'est un argument singulier, quand on voit la réalité de sa présence militaire là-bas.



En décembre 2004, lors d'une visite à Kaboul, le ministre de la Guerre Donald Rumsfeld a finalisé ses projets de construction de neuf nouvelles bases en Afghanistan, dans les provinces de Helmand, Herat, Nimrouz, Balkh, Khost et Paktia. Les neuf se rajoutent aux trois bases militaires principales déjà installées à la suite de l’occupation de l'Afghanistan pendant l'hiver de 2001 à 2002, prétendument pour isoler et éliminer la menace terroriste d'Osama Ben Laden.



Le Pentagone a construit ses trois premières bases sur les aérodromes de Bagram, au nord de Kaboul, son principal centre logistique militaire ; de Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan ; et de Shindand, dans la province occidentale de Herat. Shindand, sa plus grande base afghane, est construite à seulement 100 kilomètres de la frontière iranienne, et à distance de frappe contre la Russie et la Chine.



L'Afghanistan est historiquement au cœur du grand jeu anglo-russe, la lutte pour le contrôle de l'Asie centrale au 19ème siècle et au début du 20ème. La stratégie britannique était alors d'empêcher à tout prix la Russie de contrôler l'Afghanistan, ce qui aurait été une menace pour le joyau de la couronne impériale britannique, l’Inde.



L'Afghanistan est de même considéré par les planificateurs du Pentagone comme hautement stratégique. Il constitue une plate-forme d’où la puissance militaire étasunienne pourrait menacer directement la Russie et la Chine, ainsi que l'Iran et les autres riches pays pétroliers du Moyen-Orient. Peu de choses ont changé sur le plan géopolitique en plus d'un siècle de guerres.



L'Afghanistan se trouve sur une position extrêmement vitale, à cheval sur l'Asie du Sud, l'Asie centrale et le Moyen-Orient. L'Afghanistan est aussi situé le long de l’itinéraire envisagé pour le pipeline pétrolier, depuis les champs pétrolifères de la mer Caspienne jusqu’à l'océan Indien, où la société pétrolière étasunienne, Unocal, avec Enron et Halliburton de Cheney, avaient été en négociation pour les droits exclusifs du gazoduc d’acheminement du gaz naturel du Turkménistan à travers l'Afghanistan et le Pakistan, vers l’énorme centrale électrique à gaz naturel d’Enron à Dabhol près de Mumbai (Bombay). Avant de devenir le président fantoche des États-Unis, Karzai avait été un lobbyiste d'Unocal.


Al Qaïda n'existe pas en tant que menace

La vérité, concernant toute cette tromperie autour du but réel en Afghanistan, devient claire si on examine de plus près la prétendue menace d’« Al Qaïda » là-bas. Selon l'auteur Erik Margolis, avant les attentats du 11 septembre 2001, le Renseignement étasunien accordait assistance et soutien à la fois aux talibans et à Al Qaïda. Margolis affirme que « La CIA projetait d'utiliser Al Qaïda d’Osama Ben Laden pour inciter à la révolte les Ouïgours musulmans contre la domination chinoise, et les talibans contre les alliés de la Russie en Asie centrale. »



Les États-Unis ont manifestement trouvé d'autres moyens pour soulever les Ouïgours musulmans contre Pékin en juillet dernier, par l’intermédiaire de leur soutien au Congrès mondial ouïghour. Mais la « menace » d’Al Qaida demeure le pivot d’Obama pour justifier l’intensification de sa guerre en Afghanistan.



Mais, à présent, James Jones, le conseiller en sécurité nationale du Président Obama, ancien général de Marine, a fait une déclaration, enterrée opportunément par les aimables médias étasuniens, sur l’évaluation de l’importance du danger représenté actuellement par Al Qaïda en Afghanistan. Jones a déclaré au Congrès, « La présence d'Al Qaïda est très réduite. L'évaluation maximale est inférieure à 100 exécutants dans le pays, aucune base, aucune capacité à lancer des attaques contre nous ou nos alliés. »



À toutes fins utiles, cela signifie qu’Al Qaïda n'existe pas en Afghanistan. Diable...



Même au Pakistan voisin, les restes d'Al Qaïda ne sont presque plus décelables. Le Wall Street Journal signale : « Chassés par les drones étasuniens, en proie à des problèmes d'argent, et trouvant plus de difficultés à attirer les jeunes Arabes dans les montagnes sombres du Pakistan, Al Qaïda voit son rôle rapetisser là-bas et en Afghanistan, selon des rapports du Renseignement et des responsables pakistanais et étasuniens. Pour les jeunes arabes qui sont les principales recrues d’Al Qaida, ‘’il n'est pas romantique d’avoir froid et faim et de se cacher’’, a déclaré un haut responsable étasunien en Asie du Sud. »



Si nous comprenons les conséquences logiques de cette déclaration, nous devons donc conclure que la raison pour laquelle de jeunes soldats allemands et d'autres de l'OTAN meurent dans les montagnes afghanes n'a rien à voir avec « gagner une guerre contre le terrorisme. » Opportunément, la plupart des médias choisissent d'oublier le fait qu’Al Qaïda, dans la mesure où cette organisation a existé, était une création de la CIA dans les années 80. Elle recrutait et formait à la guerre des musulmans radicaux de la totalité du monde islamique contre les troupes russes en Afghanistan, dans le cadre d'une stratégie élaborée par Bill Casey, chef de la CIA sous Reagan, et d'autres, pour créer un « nouveau Viêt-nam » pour l'Union Soviétique, qui aboutirait à la défaite humiliante de l'Armée Rouge et l'effondrement final de l'Union Soviétique.



James Jones, le patron du National Security Council, reconnaît à présent qu'il n'y a pratiquement personne d’Al Qaida en Afghanistan. Peut-être serait-il temps d’une explication plus honnête de nos dirigeants politiques sur la véritable raison de l'envoi d’autres jeunes en Afghanistan, pour mourir en protégeant les récoltes d'opium. 


Ndt : Le mot élite est un euphémisme de plus en plus utilisé ces derniers temps pour désigner un individu qu’aucune valeur humaine n’embarrasse dans la réalisation de ses ambitions. C’est devenu un synonyme de psychopathe. 


Article original en anglais : America's Phoney War in Afghanistan, publié le 21 octobre 2009.
 

Traduction : Pétrus Lombard



F. William Engdahl est l'auteur de plusieurs ouvrages en anglais dont deux sont traduits en français : 

OGM : Semences de destruction : L’arme de la faim (le livre original en anglais, Seeds of destruction)












Cinq derniers articles

cgdf hfdghf vhfdh

Beaucoup de liens et de vidéos ont été censurés, ce site sera bientôt remis à jour. Merci